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Date : 21-12-2025 11:29:13
Les collégiens ont-ils perdu 10 % d’heures de cours sur l’année 2023-2024, comme l’affirme la Cour des comptes ?
10,3 millions d’heures d’enseignement n’ont pas été assurées au cours de l’année scolaire 2023-24. Le rapport accablant publié ce vendredi 12 décembre par la Cour des comptes souligne les inégalités profondes que creusent ces absences non remplacées dans le parcours scolaire des élèves français.
Sofia Goudjil
Publié le 14 décembre 2025
En 2023-2024, 9 % des heures de cours n’ont pas été assurées dans les collèges publics, a alerté la Cour des comptes dans un rapport publié ce vendredi 12 décembre. Ce chiffre est en baisse par rapport à l’année scolaire précédente (11,2 % d’heures en 2022-2023), mais reste en hausse par rapport à 2018-2019 (8 %). Pour Sophie Vénétitay, secrétaire du SNES-FSU, le principal syndicat du second degré, ce chiffre est loin d’être surprenant : « Il vient objectiver la situation des établissements scolaires. On sait que le sujet du remplacement est l’un des graves problèmes de notre système scolaire ».
La préoccupation des parents d’élèves s’exprime, de façon croissante, dans des courriers adressés au ministère de l’éducation nationale, dans les médias, mais aussi dans les tribunaux. En novembre, le tribunal administratif de Lille a condamné l’État à indemniser une famille pour le non-remplacement d’un professeur de français du collège Gambetta de Lys-lez-Lannoy (Nord).
Des inégalités territoriales creusées
Le rapport d’une centaine de pages met en lumière les inégalités que ces non-remplacements génèrent. Le temps d’enseignement perdu n’est pas uniforme à travers le pays : il touche particulièrement certains territoires et établissements, creusant ainsi un risque majeur d’iniquité entre les élèves.
C’est dans les collèges de l’éducation prioritaire que le temps d’enseignement perdu est le plus important. Les enseignants y sont plus souvent absents, pour raison de santé. En zone d’éducation prioritaire, ce sont 103 heures perdues contre 75 en zone non prioritaire. Le secteur rural est aussi touché par ces disparités. Il y arrive plus fréquemment que les enseignants doivent se partager entre plusieurs petits établissements, ce qui rend le remplacement plus difficile en cas d’absence. « Selon le lieu où l’on vit, les chances ne sont pas les mêmes », a abondé Claire Hédon, Défenseure des droits, lors de la conférence de presse de la Cour des comptes.
« On sait qu’il y a des inégalités territoriales en matière de remplacement », abonde le SNES-FSU. « L’urgence est d’avoir suffisamment d’enseignants pour assurer ces remplacements dans les zones sous tension ».
Conséquences et solutions
La Défenseure des droits comme la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de ce volume de temps d’enseignement perdu, sur la progression et la motivation des élèves. Selon Claire Hédon, la répétition d’heure de permanence dans une même journée entraîne une moindre concentration et une implication réduite des élèves.
La Cour des comptes formule dix recommandations, parmi lesquelles l’intégration, d’ici la rentrée 2026, de l’enseignement privé sous contrat dans les indicateurs nationaux de suivi du temps d’enseignement non assuré et du remplacement ; le renforcement immédiat de la politique de prévention des absences, notamment pour les risques psychosociaux ; ainsi que l’annualisation des heures de service des enseignants du secondaire dès 2027, afin de réduire les absences « institutionnelles » et mieux remplacer les absences de courte durée.
Pour Sophie Vénétitay, ces recommandations sont hors sujet. Elle prend l’exemple de la préconisation de promouvoir la « bivalence » au collège, qui permettrait aux enseignants qui en font la demande d’enseigner une seconde matière. Pour elle, « c’est synonyme d’une charge de travail supplémentaire ». Selon la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) de l’éducation nationale, les enseignants travaillent déjà en moyenne 41 heures 30 par semaine, hors vacances scolaires. Pour le SNES-FSU, la solution réside dans la revalorisation du métier d’enseignant et l’amélioration des conditions de travail. « Dans la septième puissance mondiale, on est incapable d’assumer les heures de cours auxquelles les enfants ont le droit », déplore Sophie Vénétitay.
https://www.humanite.fr/societe/cour-des-comptes/les-collegiens-ont-ils-perdu-10-dheures-de-cours-sur-lannee-2023-2024-comme-laffirme-la-cour-des-comptes
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