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Date : 25-12-2025 17:59:39
Licenciée par l’AP-HP au nom de la laïcité pour avoir porté un calot, une infirmière conteste la décision devant le tribunal
Ce mardi 23 décembre, Majdouline B., soutenue par des syndicats et la LDH, conteste son licenciement par l’AP-HP devant le tribunal administratif, dénonçant un ciblage des musulmanes supposées sous couvert de laïcité. Un rassemblement a été organisé à l’ouverture de l’audience.
Publié le 23 décembre 2025
Julia Hamlaoui
Infirmière de l’hôpital Pitié-Salpêtrière depuis sept ans, Majdouline B. a été licencié début novembre par l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris). En cause, le calot – ce couvre-chef obligatoire dans les blocs opératoires – qu’elle porte quotidiennement et a refusé de retirer face aux multiples demandes de sa hiérarchie qui y voit un « signe religieux » et a durci sa politique en la matière depuis décembre 2023 avec la publication d’un nouveau « guide de laïcité ».
Ce mardi 23 décembre, Majdouline B., soutenue par des syndicats et la LDH, conteste son licenciement devant le tribunal administratif, dénonçant un ciblage des musulmanes supposées sous couvert de laïcité. Un rassemblement a d’ailleurs été organisé à l’ouverture de l’audience.
Après de multiples convocations, l’infirmière avait fini par être renvoyée pour deux motifs, selon les informations de Mediapart : « Port d’une tenue vestimentaire inadaptée, un couvre-chef, et refus réitérés de l’ôter malgré les demandes », sans que la laïcité ne soit mentionnée. Mais c’est bien cette justification qu’évoque à nouveau l’AP-HP dans un communiqué publié en amont du rendez-vous au tribunal administratif. Elle y souligne avoir « mis à disposition de tous ses agents un guide pratique pour clarifier les droits et les obligations du personnel et des usagers de l’hôpital en matière de laïcité ».
« La direction de l’hôpital détourne la laïcité »
La direction y affirme aussi que « la jurisprudence administrative est venue rappeler, à plusieurs reprises, que tout signe peut devenir religieux par la volonté de celui qui le porte et ainsi être considéré comme un ”signe religieux par destination”». « Dès lors, l’administration peut, même en l’absence du port d’un signe manifestement religieux, procéder à la qualification de ce qui est religieux en tenant compte des circonstances et notamment du caractère permanent du port de ce signe et de la persistance et de l’intransigeance dans le refus d’y renoncer », ajoute-t-elle dans le communiqué.
La jurisprudence n’est pourtant pas si unanime. Si en 2019 une décision du tribunal administratif de Montreuil allait dans ce sens, le Conseil d’État a donné raison en 2020 à un médecin de l’hôpital de Saint-Denis à qui sa direction reprochait une barde trop longue.
Si Madjouline B. a toujours refusé d’expliquer les raisons du port de son calot invoquant le respect de sa vie privée, elle estime, auprès de Mediapart qui a révélé l’affaire début décembre, qu’« aucun texte, aucun règlement n’interdit de porter un calot. C’est du racisme et de la discrimination. Je le sais, c’est ciblé. La laïcité est ciblée, contre nous, les personnes musulmanes. »
« La direction de l’hôpital détourne la laïcité pour virer les collègues qui portent simplement un calot, signe non religieux », estime de son côté Blandine Chauvel, assistante sociale à la Pitié Salpêtrière et représentante du syndicat Sud, auprès de Libération. La syndicaliste y voit aussi, « une manière de détourner de la réalité, puisque comme ça, on ne parle pas du sous-effectif, du matériel, des congés qu’on ne peut pas poser faute de personnel ».
Ce licenciement intervient dans un contexte où la laïcité, qui fête en ce mois de décembre ses 120 ans, ne cesse d’être instrumentalisée par la droite et l’extrême droite pour discriminer et stigmatiser les musulmans, voire ceux considérés en son temps par Nicolas Sarkozy comme « musulmans d’apparence » (sic).
S’il s’agit pour les réactionnaires d’étendre à tous les espaces la neutralité à laquelle sont tenus les fonctionnaires pour mieux en exclure les femmes voilées notamment, la question ici est d’une nature un peu différente : l’obligation de neutralité est établie mais un calot peut-il devenir un signe religieux même s’il n’est pas revendiqué comme tel.
https://www.humanite.fr/societe/ap-hp/licenciee-par-lap-hp-au-nom-de-la-laicite-pour-avoir-porte-un-calot-une-infirmiere-conteste-la-decision-de-devant-le-tribunal
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