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Poésies et Poètes
Auteur : Rosalie1334 
89/98

Date :    16-08-2026 17:28:11


À Madame Lullin

... / ...

Ainsi je touche encor ma lyre
Qui n’obéit plus à mes doigts ;
Ainsi j’essaie encor ma voix
Au moment même qu’elle expire.

« Je veux dans mes derniers adieux,
Disait Tibulle à son amante,
Attacher mes yeux sur tes yeux,
Te presser de ma main mourante. »

Mais quand on sent qu’on va passer,
Quand l’âme fuit avec la vie,
A-t-on des yeux pour voir Délie,
Et des mains pour la caresser ?

Dans ce moment chacun oublie
Tout ce qu’il a fait en santé.
Quel mortel s’est jamais flatté
D’un rendez-vous à l’agonie ?

Délie elle-même, à son tour,
S’en va dans la nuit éternelle,
En oubliant qu’elle fut belle,
Et qu’elle a vécu pour l’amour.

Nous naissons, nous vivons, bergère,
Nous mourons sans savoir comment ;
Chacun est parti du néant :
Où va-t-il ?… Dieu le sait, ma chère.

Voltaire (François Marie Arouet)

( Délie = amante de Tibulle )
Auteur : Shangai  
90/98

Date :    18-08-2026 22:06:16


****** Complainte amoureuse *****

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !

***** Alphonse Allais (1854-1905) ******
Auteur : Rosalie1334 
91/98

Date :    21-08-2026 15:00:04


Aquarelle en cinq minutes. 🎨

Oh ! oh ! le temps se gâte,
L’orage n’est pas loin,
Voilà que l’on se hâte
De rentrer les foins !…

L’abcès perce !
Vl’à l’averse !
O grabuges
Des déluges !….

Oh ! ces ribambelles
D’ombrelles !….

Oh ! cett’ Nature
En déconfiture ! ….

Sur ma fenêtre,
Un fuchsia
A l’air paria
Se sent renaître….

Jules Laforgue
Auteur : Shangai  
92/98

Date :    23-08-2026 21:55:16


***** A deux beaux yeux *****

Vous avez un regard singulier et charmant ;
Comme la lune au fond du lac qui la reflète,
Votre prunelle, où brille une humide paillette,
Au coin de vos doux yeux roule languissamment ;

Ils semblent avoir pris ses feux au diamant ;
Ils sont de plus belle eau qu’une perle parfaite,
Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète,
Ne voilent qu’à demi leur vif rayonnement.

Mille petits amours, à leur miroir de flamme,
Se viennent regarder et s’y trouvent plus beaux,
Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux.

Ils sont si transparents, qu’ils laissent voir votre âme,
Comme une fleur céleste au calice idéal
Que l’on apercevrait à travers un cristal.

****** Théophile Gautier ****** La comédie de la mort
Auteur : Primevere13  
93/98

Date :    27-08-2026 14:58:54


Promenade

Ne bouge pas… la lune a remué sur l’eau…
Les feuilles mortes n’osent pas s’approcher d’elle…
Viens, ne fais pas de bruit… c’est l’heure des roseaux.

Nous tremperons nos doigts dans la lune fraîche et belle,
Et nous la troublerons presque en soufflant dessus.
Elle voudrait peut-être aller à la dérive,
Vers les longs fleuves dont elle s’est souvenue,
Au pays des romances et des belles captives…
Mais elle ne peut pas partir avec les rames
Et les oiseaux qui s’en vont demain matin…

Se rappellera-t-elle le soir où nous passâmes,
Près d’elle, tout près d’elle, en lui tendant les mains ?
Écoute… oh ! l’on défaille dans l’ombre…
Un rossignol de nuit est tombé dans les branches…
Vois nos lampes là-bas, au fond du jardin sombre…
Elles s’éteignent comme se sont couchées, toutes blanches,
Les robes cérémonieuses des jets d’eau…
Viens… ne fais pas de bruit… C’est l’heure des roseaux.

Henri Bataille
~Le beau voyage ~
Auteur : Shangai  
94/98

Date :    28-08-2026 21:33:49



****** Amitié Fidèle ******

Parmi les doux transports d’une amitié fidèle,
Je voyais près d’Iris couler mes heureux jours;
Iris que j’aime encore, et que j’aimai toujours,
Brûlait des mêmes feux dont je brûlais pour elle:

Quand, par l’ordre du ciel, une fièvre cruelle
M’enleva cet objet de mes tendres amours;
Et, de tous mes plaisirs interrompant le cours,
Me laissa de regrets une suite éternelle.

Ah! qu’un si rude coup étonna mes esprits!
Que je versai de pleurs! que je poussai de cris!
De combien de douleurs ma douleur fut suivie!

Iris, tu fus alors moins à plaindre que moi:
Et, bien qu’un triste sort t’ait fait perdre la vie,
Hélas! en te perdant j’ai perdu plus que toi.

****** Nicolas Boileau *****
Auteur : Primevere13  
95/98

Date :    01-09-2026 12:18:08


Mon cartable
La Tarte aux pommes

Mon cartable a mille odeurs,
Mon cartable sent la pomme,
Le livre, l'encre, la gomme,
Et les crayons de couleurs.

Mon cartable sent l'orange,
Le bison et le nougat,
Il sent tout ce que l'on mange,
Et ce qu'on ne mange pas.

La figue, la mandarine,
Le papier d'argent ou d'or,
Et la coquille marine,
Les bateaux sortant du port.

Les cowboys et les noisettes,
La craie et le caramel,
Les confettis de la fête,
Les billes remplies de ciel.

Les long cheveux de ma mère,
Et les joues de mon papa
Les matins dans la lumière,
La rose et le chocolat.

💼🍏✨𝐏𝐢𝐞𝐫𝐫𝐞 𝐆𝐚𝐦𝐚𝐫𝐫𝐚
Auteur : Rosalie1334 
96/98

Date :    01-09-2026 13:29:12


La Madrague 🎶

Sur la plage abandonnée
Coquillages et crustacés
Qui l'eût cru! Déplorent la perte de l'été
Qui depuis s'en est allé

On a rangé les vacances
Dans des valises en carton
Et c'est triste quand on pense à la saison
Du soleil et des chansons

Pourtant je sais bien l'année prochaine
Tout refleurira, nous reviendrons
Mais en attendant je suis en peine
De quitter la mer et ma maison

Le mistral va s'habituer
À courir sans les voiliers
Et c'est dans ma chevelure ébouriffée
Qu'il va le plus me manquer

Le soleil mon grand copain
Ne me brûlera que de loin
Croyant que nous sommes ensemble un peu fâchés
D'être tous deux séparés

Le train m'emmènera vers l'automne
Retrouver la ville sous la pluie
Mon chagrin ne sera pour personne
Je le garderai comme un ami.

Gérard Bourgeois / Jean Rivière

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