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Date : 01-04-2026 09:58:59
RE:
" Je m’appelle Amos Goldberg. Je suis professeur israélien d’études sur l’Holocauste. Depuis près de 30 ans, je mène des recherches et j’enseigne sur l’Holocauste, le génocide et la violence d’État. »
Et je veux dire à tous ceux qui veulent bien m'écouter que ce qui se passe actuellement à Gaza est un génocide.
Il y a un an, le 7 octobre, comme tous les Israéliens, j'étais sous le choc. C'était un crime de guerre et un crime contre l'humanité. 1 200 personnes, dont plus de 800 civils, ont été tuées en une seule journée. Des enfants et des personnes âgées figuraient parmi les personnes prises en otage. Des communautés ont été détruites. C'était scandaleux, traumatisant, et profondément personnel. Comme la plupart des Israéliens, je connais des personnes qui ont été tuées, qui ont perdu des êtres chers ou dont les proches ont été pris en otage.
Mais la riposte israélienne fut immédiate et, en quelques semaines, des milliers de civils furent tués à Gaza. Il m'a fallu du temps pour réaliser ce qui se déroulait sous mes yeux. C'était insoutenable de faire face à cette réalité. J'hésitais à parler de génocide.
Mais si vous lisez Raphael Lemkin – le juriste juif polonais qui a forgé le terme « génocide » et qui a été le principal artisan de la Convention des Nations Unies sur le génocide de 1948 – ce qui se passe actuellement à Gaza correspond exactement à ce qu'il avait en tête lorsqu'il parlait de génocide.
Un génocide ne se limite pas à ressembler à l'Holocauste. Chaque génocide prend des formes différentes et n'implique pas toujours le massacre de millions de personnes ou l'extermination d'un groupe entier. La Convention des Nations Unies pour la prévention et la répression du crime de génocide affirme explicitement que le génocide est l'acte de détruire délibérément un groupe, en tout ou en partie. Voilà la définition.
Mais il faut qu'il y ait une intention claire.
Et de fait, il existe des signes évidents d'une volonté de détruire Gaza : les dirigeants israéliens – notamment le Premier ministre et le ministre de la Défense – ainsi que de nombreux officiers supérieurs, personnalités médiatiques, rabbins et simples soldats ont ouvertement exprimé leurs objectifs. On compte d'innombrables incitations documentées à raser Gaza et des affirmations selon lesquelles aucun innocent n'y vit.
Un climat radical de déshumanisation des Palestiniens règne dans la société israélienne à un degré que je n'ai jamais connu en 58 ans de vie ici.
Cette vision s'est désormais réalisée. Des dizaines de milliers d'enfants, de femmes et d'hommes innocents ont été tués. Plus de cent mille ont été blessés. Les infrastructures sont quasiment détruites, la famine est délibérée et l'aide humanitaire est bloquée. On dénombre des charniers et des témoignages fiables font état d'exécutions sommaires. Des enfants ont été abattus par des tireurs embusqués. Toutes les universités et la quasi-totalité des hôpitaux ont disparu. La quasi-totalité de la population est déplacée. De nombreux bombardements ont visé des civils dans les prétendues « zones de sécurité ». Gaza n'existe plus. Elle est entièrement détruite. Ainsi, ce résultat correspond parfaitement aux intentions affichées par les dirigeants israéliens.
Lemkin, ce chercheur qui a forgé le terme « génocide », a décrit deux phases à un génocide. La première est la destruction du groupe anéanti et la seconde, ce qu'il a appelé « l'imposition du modèle national » de l'auteur du génocide. Nous assistons aujourd'hui à la seconde phase, alors qu'Israël prépare des zones ethniquement nettoyées pour y établir des colonies israéliennes.
J'en suis donc arrivé à la conclusion que c'est précisément à cela que ressemble un génocide. On n'enseigne pas les génocides pour les comprendre a posteriori, mais pour les prévenir et les stopper.
Mais comme dans tous les autres cas de génocide de l'histoire, nous assistons actuellement à un déni massif. Ici en Israël comme partout dans le monde.
Mais on ne peut nier la réalité.
Alors oui, c'est un génocide.
Et une fois que vous arrivez à cette conclusion, vous ne pouvez pas rester silencieux."
- Déclaration à Led By Donkeys, décembre 2024
Photo : Parliament Square, Londres, 8h40, le 4 décembre 2024
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