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Date : 19-01-2026 22:56:16
Le lien ci-dessus ne fonctionnant pas je remets ci-dessous l'article du journal Marianne sur les néo fascisme.
" Il existe un complotisme d’extrême gauche étrangement négligé par les spécialistes : le complotisme néo-antifasciste. Il a ses idéologues, ses adeptes et ses activistes. Il s’agit d’un antifascisme d’imitation, ritualisé, commémoratif. Il est fabriqué avec des matériaux historiques et mémoriels empruntés pour l’essentiel aux années 1933-1945, sélectionnés pour être instrumentalisés le plus efficacement possible au moyen de ressemblances douteuses ou d’identifications abusives susceptibles de déclencher des émotions fortes, visant à intimider. Son postulat est que, bien qu’invisible pour le regard non éduqué du citoyen ordinaire, « le fascisme » est à nos portes et qu’il est rendu possible par la diffusion des « idées d’extrême droite » grâce à un vaste réseau de complicités que ces nouveaux antifascistes prétendent dévoiler. Cette stratégie d’intimidation suivie par un certain nombre d’intellectuels et de journalistes néo-gauchistes s’inscrit dans un projet de purification ou de nettoyage « éthique » de l’espace public.
Les appels à la vigilance ou l’antifascisme sans peine
Cette grande peur d’un retour des fantômes du passé se traduit médiatiquement par des « appels à la vigilance » régulièrement répétés. L’objectif des « vigilants » complotistes est d’entretenir et de renforcer la peur du « fascisme » ou de « l’extrême droite » dont on annonce la « résurgence » ou le « retour » sous des « habits neufs », selon un lexique figé et une rhétorique convenue depuis longtemps mis en œuvre. Il s’agit pour eux d’intimider, de marquer et de parquer les suspects, et bien sûr de neutraliser les coupables, les supposés membres de la conspiration fascistoïde, avec leurs complices. C’est ainsi que s’est banalisé un type de journalisme para-policier se proposant de purifier l’espace public en dressant des listes noires.
En France comme dans d’autres pays européens, mais en France plus qu’ailleurs, le complotisme néo-antifasciste consiste, avec l’inquiétude requise, à prétendre voir partout des « fascistes » ou des « nazis » cachés qui conspireraient pour prendre le pouvoir, et à dénoncer corrélativement leurs supposés complices masqués, intellectuels ou journalistes, qui s’emploieraient à les légitimer en les fréquentant ou en entretenant des relations avec eux de diverses manières, tout contact avec les politiquement « impurs » impliquant une contamination idéologique et une complicité politique. Pour les néo-antifascistes en lutte contre « l’extrême droite » – entité si évidemment diabolique qu’ils n’éprouvent pas le besoin de la définir –, la liberté d’expression et de discussion est donc suprêmement dangereuse. Le simple dialogue entre deux citoyens en désaccord sur des questions politiques fondamentales conduirait à la « confusion des idées », comme vient de le réaffirmer rituellement Edwy Plenel dans un essai polémique (L’Appel à la vigilance. Face à l’extrême droite, La Découverte, 2023) où il tente de ressusciter un fumeux « Appel à la vigilance » qu’il avait publié le 13 juillet 1993 dans Le Monde."

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