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Date : 21-02-2026 20:42:18
L’extrême droite « surreprésentée », les procédures-bâillons en hausse… ce qu’il faut retenir du bilan de l’Ofalp sur les atteintes à la liberté de la presse
L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp) dévoile, mercredi 18 février, son premier rapport consacré à la situation en France, sur l’année 2024. Selon les conclusions de leur bilan, l’extrême droite et les autorités sont les principaux obstacles des journalistes, entre harcèlement, violence et procédures bâillons.
Publié le 18 février 2026
Tom Demars-Granja
Extraits :
Un alliage composé d’une vingtaine de journalistes et de citoyens espère peser dans la lutte pour la liberté de la presse en France. Ils ont, pour cela, décompté les cas d’atteinte officialisés par des médias, recoupés les témoignages publiés en ligne comme ceux diffusés par les syndicats, les ont vérifiés un à un, pour enfin les classer par catégorie. L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp) dévoile son premier rapport – voué à devenir annuel – mercredi 18 février.
Ce dernier se veut être un complément plus local et spécifique aux travaux déjà réalisés par des organisations non gouvernementales (ONG) telles que la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et Reporters sans frontières (RSF). Premier enseignement majeur – et peu étonnant – de ce rapport : l’extrême droite et les autorités sont les principaux freins à la liberté de la presse.
Des sympathisants actifs d’extrême droite
Ainsi, vingt-quatre des quarante-huit atteintes « à la sécurité et à l’intégrité physique et morale des journalistes » recensées par l’Ofalp sont liées à l’extrême droite. Parmi elles, dix sont imputables à des élus, des partis, des groupuscules, des militants ou des sympathisants actifs d’extrême droite.
Par exemple à Nice, où celui qui était encore président des Républicains (LR), tout en ayant officialisé son alliance avec le Rassemblement national (RN), Éric Ciotti, aurait refusé de serrer la main à la journaliste de Nice-Matin Stéphanie Gasiglia, avant de la prendre à partie devant des confrères et consœurs.
Le service d’ordre du RN est quant à lui accusé d’avoir empêché un journaliste de Mediapart, Youmni Kezzouf, de filmer deux militantes féministes infiltrées dans un meeting du parti lepéniste, en empoignant son téléphone portable.
Le même jour, plusieurs sympathisants RN auraient insulté et molesté deux journalistes du service public, « l’une d’elles ayant même été agrippée à la poitrine alors qu’elle tenait à bout de bras sa caméra au-dessus de la foule », rapporte l’Ofalp. Autre exemple : un journaliste du journal local la Dépêche du Midi, Max Lagarrigue, a dû être placé sous protection policière durant plusieurs mois, suite à un cyberharcèlement et des menaces.
L’observatoire a aussi recensé douze atteintes impliquant des propos à caractère sexiste ou homophobe, et onze à caractère raciste ou antisémite. Lorsque des atteintes ont été réalisées dans un cadre politique (élections, sujets sur les actions de l’État, etc.), le « courant surreprésenté » se trouve être, encore une fois, l’extrême droite. « Dans les deux tiers des cas où le journaliste (attaqué) traitait une thématique politique, le contenu de son travail était lié à l’extrême droite, avec quinze cas », annonce l’Ofalp.
« Bousculée et projetée à terre par une gendarme »
La droite arrive deuxième, avec cinq cas, tandis que les trois camps politiques restants sont « nettement moins représentés » ; le centre, la gauche et l’extrême gauche arrivant ex æquo, avec un seul cas chacun. Autre donnée d’importance, dans 38 des 91 cas analysés, l’auteur de l’atteinte est un ou une membre des services publics ou représente l’État. La police apparaît ainsi à quatorze reprises, suivie par les parlementaires, avec huit cas.
Six atteintes à l’intégrité physique recensées par l’Ofalp ont eu lieu lors de mouvements sociaux et de manifestations. Dans cinq cas, les auteurs sont des membres de la police. Par exemple à Paris, en mai 2024, lors d’une manifestation non autorisée, en soutien au peuple palestinien, autour de la gare Saint-Lazare (Paris), ou encore sur le chantier de l’A69, « où une journaliste de France 3 a été bousculée et projetée à terre par une gendarme ».
Des manœuvres dont les répercussions se font ressentir à une échelle structurelle. Ainsi, dans 60 % des cas recensés par l’Ofalp, les journalistes expliquent que les pressions ou violences subies ont eu une répercussion sur leur travail, « tronqué, modifié, réanglé, voire non traité… » Soit ce que cherchent les auteurs (présumés ou condamnés) de ces atteintes à la liberté de la presse.
https://www.humanite.fr/medias/extreme-droite/lextreme-droite-surrepresentee-les-procedures-baillons-en-hausse-ce-quil-faut-retenir-du-bilan-de-lofalp-sur-les-atteintes-a-la-liberte-de
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