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Date : 27-02-2026 22:25:15
Le chrisme est bien un symbole chrétien, mais que l’ultradroite cherche à détourner
Symbole associé au christianisme sans connotation politique particulière, le chrisme, un monogramme ornemental représentant le nom du Christ, fait l'objet d'une tentative de récupération de la part de l'ultradroite, dans le contexte de la mort du militant identitaire Quentin Deranque en France.
Par : Les Observateurs / Quang PHAM
25/02/2026
Extraits
Samedi 21 février était organisée à Lyon par l'ultradroite une marche en mémoire de Quentin Deranque. Le militant identitaire de 23 ans avait été battu à mort le 12 février par des activistes d'extrême gauche. Sur les réseaux sociaux, une vidéo de la retransmission de la manifestation par la chaîne de télévision française LCI provoque l'émoi parmi les internautes proches de l'extrême droite.
Dans la séquence, Guillaume Farde, consultant police-justice pour LCI, analyse la signification d'un chrisme, un symbole d'origine chrétienne, affiché sur une banderole brandie par des militants durant la manifestation. Le consultant affirme que le chrisme est un "symbole de l'ultradroite". Selon lui, il remplacerait "de plus en plus chez l'ultradroite la croix celtique", un des symboles historiques de l'extrême droite radicale.
Cette interprétation du symbole chrétien a fait bondir Gilbert Collard, ancien député du Front national, qui réagit vivement le 22 février sur X : "Sur LCI, le pseudo-spécialiste Guillaume Farde prend un grand symbole chrétien pour un symbole de l'extrême droite : pourquoi pas le signe de croix comme un salut fasciste, crétin médiatique !", écrit-il.
Si le chrisme est effectivement avant tout considéré comme un symbole du christianisme, le monogramme a bien été la cible d'une tentative de récupération de la part de l'ultradroite durant la manifestation pour Quentin Deranque.
"Dans le christianisme, le chrisme n'est absolument pas associé à une mouvance ou à une faction particulière au sein même du catholicisme", abonde Arnaud Montoux, théologien à l'Institut catholique de Paris. "C'est un symbole qu’on retrouve extrêmement souvent sur des ornements liturgiques, sur les chasubles que portent les prêtres, par exemple."
Mais si le chrisme est bien avant tout – et majoritairement – un symbole appartenant au patrimoine chrétien, les experts interrogés par notre rédaction constatent que le monogramme a bien fait l'objet d'une récupération lors de la manifestation pour Quentin Deranque. L'historien Rémi Lafontaine décrypte :
"Si l’objectif avait simplement été de rendre hommage à un jeune catholique, on aurait choisi une croix ou un symbole beaucoup plus banal. Un symbole s’inscrit toujours dans un réseau de significations. Le chrisme n’a pas le même sens sur une monnaie impériale du IVe siècle, sur une tombe, sur un autel ou dans une manifestation contemporaine en hommage à un militant identitaire. Faire croire qu’un symbole aurait toujours le même sens, indépendamment de son contexte et de l’idéologie dans laquelle il s’inscrit, c’est prendre les gens pour des idiots."
"Au sein de l'extrême droite, le chrisme est utilisé hors de son contexte religieux par des militants pour marquer l’opposition à l’islam par exemple, pour taguer des mosquées ou des lieux de gauche. On le voit également sur des vêtements ou des logos de groupes radicaux", explique ainsi Ricardo Parreira, journaliste spécialiste de l'extrême droite.
La marche pour Quentin Deranque, pendant laquelle la banderole au chrisme a été vue, était bien associée à l'ultradroite, a constaté Ricardo Parreira, qui a couvert l'événement :
"J’ai observé que cette marche, présentée comme 'marche blanche', rassemblait des centaines de membres associés à des groupes néonazis et néofascistes. L’organisatrice de la marche est mariée à un néonazi, ce qui montre clairement le contexte idéologique."
Un "dog whistle" de l'ultradroite
Pour la rédaction des Observateurs, Ricardo Parreira a décrypté les symboles de la banderole où était affiché le chrisme.
"Il est 100 % sûr que cette bannière est un 'dog whistle' [un message codé à l'intention de l'extrême droite, NDLR]", assure Ricardo Parreira. La banderole affiche trois éléments liés à l'ultradroite selon le journaliste :
"- La couronne triomphale ou de laurier, reprise de l’iconographie de la marque de vêtements Fred Perry qui est utilisée par certains groupuscules d’extrême droite comme symbole de victoire ou de martyre. Elle est l'expression de la mouvance nationaliste révolutionnaire.
- Le chrisme dans sa version détournée, qui représente la mouvance chrétienne intégriste.
- La typographie particulière de la mention 'Adieu camarade' est celle utilisée par le canal néonazi Ouest Casual."
Enfin, le théologien Arnaud Montoux dénonce également la récupération du chrisme :
"On ne peut pas utiliser comme ça un symbole du christianisme sans que les chrétiens disent 'Mais attendez, ne nous mêlez pas à cette histoire.' C'est un problème entre des groupes d’extrême droite et des groupes d’extrême gauche qui s’affrontent. On tire le christianisme dans un affrontement dans lequel il n’a pas sa place. Cette confusion est néfaste.
Comme chrétiens, nous ne voulons pas que, désormais, lorsque l’on porte une chasuble ornée d’un chrisme, on nous dise : 'Ces gens-là sont d’extrême droite.' C’est absolument insupportable.
La famille elle-même a protesté contre ce processus indigne de récupération. Récupérer la mort d'un fils, la mort d'un croyant, pour exciter la colère et la haine, ce n'est pas acceptable."
https://www.france24.com/fr/france/20260225-chrisme-symbole-chr%C3%A9tien-ultradroite-d%C3%A9tournement?fbclid=IwY2xjawQNqddleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEepBdpTPmrNRfdmfCC1Wrhpv0KaK7bWmH3-KcPbP3ID0Eq33Yc5pkppAzgWFE_aem__PHFI8HsOh2Z32Xwjlo49A
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