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Date : 30-06-2026 18:29:44
[ L’on savait depuis longtemps que la disparition – méthodiquement organisée – des services publics faisait grimper en flèche le parti de Marine Le Pen. Déjà en 2016, l’IFOP montrait que la présence d’un bureau de poste faisait chuter de près de 4 points le parti à la flamme. La petite camionnette jaune rassure.
« Si vous fermez le bureau de poste, on vote Front national ! »
Dix ans plus tard, en 2026, c’est le CEPREMAP qui tisse le lien entre vote RN et, cette fois, la disparition des bar-tabacs. Plus de 160 000 cafés ont disparu en soixante ans. Terminés les cafés de la gare, du sport ou du commerce, les Balto et les petites Civettes.
Et autant de discussions plus ou moins vigoureuses, devant le zinc, qui n’ont plus lieu. « Aucune autre fermeture commerciale ne produit un effet comparable. » remarque le centre de recherche.
Plus de poste et plus de café de la poste. Plus de gare parfois. Plus d’usine souvent. Des décisions prises à des centaines de kilomètres de là où l’on habite depuis la structuration technocratique en grandes régions. Toutes ces petites décisions prises au nom de Bruxelles qui dépossèdent les Français de tout.
On savait aussi que c’est sur les ruines industrielles que le parti à la flamme pousse le mieux. Ce cancer qui grandit, grandit encore et se généralise, fauchant tour à tour les usines, puis les services, puis les commerces, puis tout le reste. Une fois la mécanique enclenchée et la maladie propagée, le Rassemblement national n’a plus qu’à ramasser ce qu’il reste. Il organise la grande razzia contre ceux qui n’ont pas su y mettre un terme.
Il ne pointe jamais ou presque les causes profondes de ce cancer. À quoi bon s’embêter avec ça.
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Il y a indéniablement un sentiment de déclassement qui s’ajoute au sentiment d’abandon. Et ce n’est pas qu’un sentiment. Quoi qu’en disent les moyennes nationales et les grandes statistiques, la vie est effectivement plus chère.
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Combien de territoires se sont sentis abandonnés ? Combien de salariés ont eu le sentiment que leur travail ne comptait plus ? »
Le parti à la flamme parle d’usines disparues, de territoires abandonnés et de savoir-faire détruits.
Mais il reste remarquablement discret sur les mécanismes qui ont produit ce désastre. Pire encore, il propose d’aller plus loin.
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Bardella n’apporte aucune réponse. Il appuie là où ça fait mal et transforme chaque plaie en argument politique. Il dessine une France en déclin mais n’y voit pas d’avenir.
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La seule issue, finalement, serait d’assumer une franche rupture avec ce qui se fait depuis tout ce temps. De porter des projets concrets, en nombre de kilomètres de trains, en nombre de logements construits, d’hôpitaux, de classes… et donc en tonnes de bois d’œuvre, de béton, d’acier, en millions de composants électroniques.
Comment l’extrême droite compte-t-elle reconstruire la souveraineté nationale sans sortir de l’OTAN ? Comment prétend-elle réindustrialiser le pays sans s’appuyer sur la Chine, sans une coopération renforcée avec les pays du Sud global ? Comment reconstruire les services publics tout en maintenant la France sous dépendance des marchés financiers américains ?
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Et attention aux victoires feu de paille ! Lorsqu’elles ne s’appuient pas sur l’intervention directe et sur la lutte des travailleurs, elles ne donnent pas grand-chose de bon. ]
Esteban Evrard
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