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Date : 19-05-2026 11:52:18
« Cette menace confirme nos craintes » : la réplique de Canal+ et sa liste noire sont une preuve par l’exemple pour le collectif « Zapper Bolloré »
Alors que 600 personnalités du cinéma français ont dénoncé la toute-puissance de Vincent Bolloré sur le secteur, le patron de Canal +, Maxime Saada a répondu, dimanche 17 mai, par la mise en place d’une liste noire correspondant aux signataires du texte. Une confirmation des dangers que représente la main mise du milliardaire d’extrême droite sur le cinéma, dénoncent de multiples voix.
Publié le 18 mai 2026
Tom Demars-Granja
Avec grand bruit, le dirigeant de Canal plus, Maxime Saada, a affirmé dimanche être « fatigué » de « l’injustice » dont seraient victimes les salariés de son groupe, principal financier du cinéma français, après la publication de l’appel du collectif « Zapper Bolloré » signé de 600 artistes. En prenant surtout la défense de son patron, et chef de file de l’extrême droite, Vincent Bolloré, Maxime Saada donne pourtant une preuve de ce que le texte pointe : l’allégeance de Canal + au multimilliardaire breton.
Présent lors d’un brunch, dimanche 17 mai, à Cannes, avec des producteurs et productrices, le directeur de Canal + a annoncé que le groupe ne compte plus travailler avec les signataires de la tribune publiée par Libération la semaine dernière, établissant une liste noire au sein du secteur, annonce le Film français. « Si certains en viennent à qualifier Canal + de « cryptofasciste », alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux, a-t-il ainsi lâché. La limite est là. »
« Cette menace confirme nos craintes »
Reste que ladite tribune, un « questionnement sur la dimension politique du groupe Bolloré » couplé à sa prochaine prise de contrôle d’UGC (troisième réseau de salles français) en 2028, « n’a jamais désigné que ce dernier, sans incriminer les équipes de Canal plus », rappelle le collectif « Zapper Bolloré ». Dans un communiqué publié quelques heures après la sortie de Maxime Saada, les signataires ajoutent : « Cette menace confirme cependant nos craintes, ajoutent ses membres. Pouvons-nous encore croire à l’indépendance de Canal + vis-à-vis du milliardaire d’extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s’exprimer ? »
Car, avec sa déclaration de guerre, Maxime Saada a réussi à amplifier la lumière mise sur cette prise de position inédite de centaines de noms du cinéma, dont Adèle Haenel, Juliette Binoche, Swann Arlaud, Arthur Harari, Amélie Bonnin, Jean-Pascal Zadi, la productrice Caroline Bonmarchand… En plein Festival de Cannes, l’une des scènes les plus importants du secteur, l’apparition à l’écran du logo de Canal Plus – qui représente 43 % du financement des diffuseurs de films français – devient ainsi le théâtre de sifflets.
« Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré, mais nous voulons sortir ensemble du silence imposé insidieusement à notre secteur », alertaient les signataires de la tribune. Ils ont réussi. Comme dans le cas de la maison d’édition Grasset, de la chaîne I-Télé ou du Journal du dimanche (JDD), pour ne citer que quelques exemples, le clan Bolloré a une fois de plus montré son vrai visage. « Sur le plan de la liberté d’expression, ça pose question, confirme le président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), Gaëtan Bruel, au micro de France Inter, dans la matinée du lundi 18 mai. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental. »
« Les moyens d’asservir à ses idées le monde de la création »
La gauche s’est quant à elle rangée derrière les signataires visés. « Après la télévision, la radio, la presse écrite et l’édition, Bolloré s’attaque à la liberté du cinéma, alerte Clémence Guetté, députée de la France insoumise (LFI). Et tout le monde laisse faire. » L’élue du Val-de-Marne appelle, sur X, à « une grande loi de déconcentration des médias », espérant que « l’empire médiatique Bolloré sera démantelé » en 2027.
La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, elle, dénonce « l’offensive réactionnaire en cours », menée par Vincent Bolloré. « Demain, cette terreur qu’il fait déjà régner insidieusement, en décourageant les prises de position comme celles exprimées dans la tribune, pourrait devenir la norme », ajoute-t-elle. Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, estime quant à lui que l’extrême droite « n’avait jamais aimé la liberté, ni la création, ni le service public ». Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis (l’Après), regrette de son côté que « le pouvoir politique offre un tapis rouge à la toute-puissance de Vincent Bolloré », estimant que le milliardaire « s’offre les moyens d’asservir à ses idées le monde de la création, et donc de détruire les arts, la culture, l’information ».
Vincent Bolloré peut néanmoins compter sur le soutien de ses alliés, prêts à asseoir la fascisation de la France. Cette fois-ci, c’est le maire de Cannes et membre du conseil d’administration du Festival, David Lisnard, qui s’en est chargé. L’édile de droite, en froid avec les Républicains, a ainsi dénoncé une « véritable inversion accusatoire » et qualifié la tribune d’« infondée », de « souvent ingrate » et d’« un peu masochiste ». Encore une fois, la droite se place en rempart au profit de l’extrême droite.
https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/cinema/cette-menace-confirme-nos-craintes-la-replique-de-canal-et-sa-liste-noire-sont-une-preuve-par-lexemple-pour-le-collectif-zapper-bollore
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