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Date : 27-03-2026 19:18:30
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19/03/2026
Santé
La Croix-Rouge se vend à la finance
La Croix-Rouge vend une partie de ses biens immobiliers à une société foncière privée. La transaction, qui appauvrit les centres médicaux de l’association, fait remonter de l’argent au siège… mais permet surtout à des fonds spéculatifs d’en gagner beaucoup. Dix ans avant, une opération identique a été conclue avec le réseau d’Ehpad Orpea…
Les financiers en rêvaient… La Croix-Rouge française l’a fait ! Elle a entrouvert, pour la première fois en 2020, les portes de son immense patrimoine immobilier à un fonds spéculatif. Cette année-là, elle crée la SCI Foncière CRF et ouvre son capital à Cofinimmo, un groupe d’investissement immobilier belge, dont le premier actionnaire est, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le gestionnaire d’actifs américain BlackRock. L’association cède l’équivalent de 180 millions d’euros de bâtiments et de terrains à sa toute nouvelle société fille.
Deux ans plus tard, Cofinimmo devient majoritaire de la SCI ; la Croix-Rouge a perdu les commandes. Les hôpitaux qu’elle gère, installés au sein de ces immeubles, doivent payer des millions d’euros de loyers. Pourtant, en 2020, Guy Bernfeld, son directeur adjoint, jurait, la main sur le cœur, aux représentants du conseil économique et social (CSE) que l’association caritative conserverait à jamais la majorité de la Foncière CRF… et le contrôle de ses actifs.
www.leparisien.fr/paris-75/champagne-impunite-patients-menaces-un-rapport-accablant-recommande-la-dissolution-de-lordre-des-medecins-de-paris-26-03-2026-63SM5WBTFBB5THIWXSEYGG7M3I.php
26/03/2026
Champagne, impunité, patients menacés : un rapport accablant recommande la dissolution de l’Ordre des médecins de Paris
Un rapport récent de l’IGF pointe de nombreuses dérives au sein de l’Ordre des médecins de Paris. Dépenses indécentes, médecins condamnés toujours en exercice et élections entachées de fraudes… Une pétition réclame désormais sa dissolution.
« Pendant que des victimes attendaient justice, l’Ordre commandait du champagne. » Cette phrase, extraite d’une pétition lancée sur la plateforme Les Lignes Bougent, résume à elle seule la tempête qui s’abat sur l’Ordre des médecins de Paris.
Révélé il y a quelques semaines par Le Canard Enchaîné, un rapport confidentiel de l’Inspection générale des finances (IGF) de 1 500 pages met en cause l’institution chargée de veiller à la déontologie des 341 000 médecins de France. Le Parisien a pu consulter ce document aux conclusions accablantes.
Des condamnés toujours inscrits au tableau
C’est sans doute le point le plus grave soulevé par les inspecteurs. Selon le rapport, un médecin parisien définitivement condamné en 2025 pour détention d’images pédopornographiques et propositions d’ordre sexuel à un mineur serait toujours inscrit au tableau de l’Ordre. Même chose pour un psychiatre, condamné en 2022 pour agression sexuelle à une interdiction d’exercer, qui y figurerait toujours comme « n’exerçant pas par décision personnelle ». Dans aucun de ces deux cas, l’Ordre n’aurait engagé de procédure disciplinaire.
L’affaire Joël Le Scouarnec plane sur ces révélations. Ce chirurgien, condamné en 2025 pour viols et agressions sexuelles sur 299 victimes, avait pourtant été condamné dès 2005 pour détention d’images pédopornographiques, sans que l’Ordre n’engage la moindre poursuite. En 2006, le conseil du Finistère l’avait même réinscrit à son tableau.
Pour les inspecteurs, les conditions ne sont « pas réunies à ce jour pour prévenir la reproduction de situations similaires ». Près de 500 demandes de transfert de médecins s’accumulent par ailleurs sans être traitées à Paris, et le taux de transmission des plaintes à la chambre disciplinaire aurait chuté de près de 10 points. La « sécurité des patients », écrivent les inspecteurs, est menacée.
Taxis, champagne et villa avec piscine
L’IGF s’est également penchée sur les finances du conseil parisien, et ce qu’elle y aurait trouvé interroge. Une conseillère ordinale aurait cumulé 15 000 euros de courses de taxi en 2024, sans qu’aucun justificatif ne soit exigé. Des achats de vin et de champagne figureraient dans les comptes, sans motif explicite.
Quatre personnes non-membres du conseil auraient perçu des indemnités de présence, et une conseillère suppléante aurait touché irrégulièrement 14 000 euros d’indemnité de fonction. Les réserves du conseil seraient par ailleurs dispersées sur cinq comptes différents — entre 86 euros et 3,2 millions d’euros — et près de 511 000 euros de cotisations n’auraient pas été reversés au Conseil national au moment du contrôle.
Ces dérives présumées s’inscrivent dans un tableau plus large. Au niveau national, les indemnités des conseillers auraient progressé de 12,5 à 13,7 millions d’euros entre 2021 et 2024. Et le conseil des Alpes-Maritimes se serait offert en 2021 une villa niçoise de 1 200 m2 avec piscine pour 3,9 millions d’euros, destinée à ses sept salariés.
« Ils fonctionnent comme une mafia »
Sur le terrain, des médecins signataires de la pétition témoignent, sous couvert d’anonymat, craignant des représailles de la part du conseil de l’Ordre. Un premier chirurgien esthétique parisien dit en être à sa cinquième procédure ordinale, notamment pour la possession d’un compte Instagram ou la publication de vidéos YouTube considérées par l’Ordre comme de la publicité.
« C’est un acharnement. De nombreux collègues subissent le même harcèlement », confie-t-il, dénonçant une « omerta » qui protégerait les praticiens proches du Conseil. Et de pointer une contradiction : « Des membres du Conseil font eux-mêmes des vidéos promotionnelles ou passent à la télévision sans jamais être inquiétés. »
Un second chirurgien esthétique, lui aussi poursuivi pour ses publications sur les réseaux sociaux, est tout aussi véhément : « Ils font leur propre loi et fonctionnent comme une mafia. »
Condamné à six mois ferme d’interdiction d’exercer, il dénonce une justice à deux vitesses et une contradiction qui l’a frappé de plein fouet : « On s’acharne sur les médecins esthétiques pour des publications dérisoires, alors que des confrères coupables de fraudes massives à la sécurité sociale ne sont jamais inquiétés. »
La dissolution réclamée
Ces révélations s’ajoutent à un contexte déjà tendu. En février 2024, puis en avril 2025, deux scrutins consécutifs destinés à renouveler 14 des 28 sièges du conseil parisien ont été annulés par le tribunal administratif pour fraudes et irrégularités — dont la distribution de bulletins préremplis et déjà cachetés. En octobre 2025, le président Jean-Jacques Avrane, en poste depuis 2015, a été réélu lors d’un troisième scrutin aussitôt contesté. Bilan : près de 450 000 euros dépensés, et depuis plus de deux ans, la moitié des élus siège sans légitimité.
Face à ces constats, l’IGF recommande la dissolution du conseil parisien et son placement sous tutelle du Conseil national, une décision qui reviendra à la ministre de la Santé. Une pétition sur Les Lignes Bougent va dans le même sens. Signée par plus de 10 000 personnes, elle réclame également un audit des 103 conseils départementaux et l’intégration de représentants des patients au sein des instances de l’Ordre. Ce n’est pas la première fois que le scénario se profile : en 2007, l’Ordre de Paris avait déjà été dissous après un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, avant de se reconstituer.
Contacté par Le Parisien, le Dr Jean-Jacques Avrane a refusé de s’exprimer pour l’heure, indiquant être « en phase contradictoire » sur le rapport. Une position qui rejoint celle du Conseil national, lui aussi retranché derrière le caractère « non définitif » du document.
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