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Date : 14-02-2026 22:03:32
Alinéa : lâchés par les Mulliez et un possible repreneur, les 1 200 salariés de l’enseigne menacés de licenciements
Le groupe roumain SDC Properties a retiré, jeudi 12 février, son offre de rachat d’Alinéa. L’enseigne d’ameublement, en redressement judiciaire depuis fin novembre, voit donc son avenir s’assombrir. Sans repreneur, ce sont 1 200 salariés qui pourraient perdre leurs emplois, déjà fragilisés par la gestion contestée de l’Association Famille Mulliez. Une grève est annoncée pour le 14 février.
Tom Demars-Granja
Publié le 13 février 2026
L’une des principales firmes d’ameublement en France vit peut-être ses derniers jours. L’annonce fatidique a été réalisée via un simple mail interne, reçu jeudi 12 février par nombre de salariés. Le groupe roumain SDC Properties – dirigé par le promoteur immobilier de luxe, Stefan Berciu – a retiré son offre de rachat de l’enseigne Alinéa, en redressement judiciaire depuis fin novembre.
La seule qui aurait permis à la succursale du groupe Mulliez (Auchan, Flunch, Décathlon, Boulanger, Leroy Merlin, Kiabi, Saint-Maclou, etc.) de survivre. Si l’offre s’était concrétisée, a minima les postes de 575 salariés sur les 1 200 employés par Alinéa auraient été sauvés. Ne reste, pour le moment, que la liquidation judiciaire comme horizon proche. La promesse réalisée par la direction, lors du rachat de l’entreprise par son propre propriétaire, la famille Mulliez, à savoir « réaffirmer la marque et de la relancer » sur le marché de l’ameublement, n’est plus qu’un lointain mirage. D’autres potentiels repreneurs ont jusqu’au lundi 2 mars pour se manifester avec des offres plus solides.
La gestion contestée de l’Association Famille Mulliez
Pour le moment, ces dernières correspondent plutôt à une reprise des locaux d’Alinéa, tout en faisant appel à d’autres franchises. Face à cette situation, des salariés prévoient de lancer un mouvement de grève national, appuyé par les quatre syndicats représentés au sein de l’enseigne (CFDT, SEGA, FO et CFTC), samedi 14 février.
« C’était le dernier espoir pour nous de perdurer, a fustigé une gestionnaire RH du groupe, interrogée par nos confrères de Libération. Alinéa est mort et annoncer ça comme ça à des gens qui ont des années d’ancienneté c’est inhumain. » Au moins 65 salariés sont par exemple en danger au sein du siège de la marque, à Aubagne (Provence-Alpes-Côte d’Azur). Cette situation symbolise la gestion inhumaine de l’Association Famille Mulliez (AFM), à la tête du plus grand conglomérat du commerce français, une « galaxie » capitaliste composée d’une centaine d’entreprises.
Malgré sa force de frappe économique, le groupe est accusé d’avoir enterré Alinéa. Par exemple avec la réalisation d’une opération immobilière, qui a permis la cession de la propriété des murs d’Alinéa à l’entreprise Aline Imm, privant l’entreprise de ressources financières importantes. « Les moyens mobilisés doivent être au niveau de ceux de la galaxie Mulliez, un groupe qui, rappelons-le, bénéficie chaque année de millions d’euros d’argent public sans aucune contrepartie ni demande de justification de la part de l’État », estime ainsi la section Force ouvrière d’Alinéa.
Lorsque l’entreprise a été placée en redressement judiciaire, en mai 2020, la direction s’est réfugiée derrière les révoltes des gilets jaunes, les manifestations anti-réforme des retraites et la crise sanitaire, plutôt que de remettre en question sa stratégie. Grâce à « l’ordonnance Covid », la famille Mulliez s’était déclarée candidate à la reprise de sa propre entreprise ; de quoi lui permettre l’abandon de dix-sept magasins pour n’en conserver que neuf. Le groupe d’ameublement a dû se séparer, cette année-là, d’environ mille salariés.
Alinéa a, par la suite, survécu malgré une trésorerie toujours plus fragilisée. « Sur 100 euros dépensés en France, dix vont dans les caisses d’une enseigne Mulliez, ont pourtant rappelé les députées insoumises Marianne Maximi et Aurélie Trouvé, dans une tribune publiée dans les colonnes de l’Humanité. Leurs enseignes emploient 175 000 salariés, faisant théoriquement des Mulliez le premier employeur français. »
La mise à mort d’Alinéa ne représente pas un cas isolé. L’Association Famille Mulliez (AFM) a tenté de supprimer 2 389 postes à Auchan, avant que la cour administrative d’appel de Douai, dans une décision rendue mercredi 7 janvier, ne confirme l’illégalité du plan de licenciements. La 6ᵉ fortune française (avec une fortune évaluée à plus de 50 milliards d’euros) semble ainsi déterminée à laisser des centaines de salariés sur le carreau, quitte à bafouer le droit du travail pour remplir ses objectifs.
https://www.humanite.fr/social-et-economie/alinea/alinea-laches-par-les-mulliez-et-un-possible-repreneur-les-1-200-salaries-de-lenseigne-menaces-de-licenciements
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