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Date : 27-12-2025 21:23:19
www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/debout-la-terre/debout-la-terre-du-vendredi-19-decembre-2025-8521245
19/12/2025
Feu vert à vie pour les pesticides dans l'Union européenne
C'est un cadeau de Noël pour l'agrochimie. Cette semaine, l'Europe a déroulé le tapis rouge aux fabricants de pesticides. La majorité des produits phytosanitaires mis sur le marché pourront rester autorisés sans limitation dans le temps. Une simple mesure de simplification ou un droit à polluer ?
Il faut se frotter les yeux pour réaliser, tellement c'est gros ! La Commission européenne propose en effet d'autoriser à vie certains pesticides.
En principe, après leur mise sur le marché, ces produits phytosanitaires sont réévalués pour étudier leurs effets tous les 10 ou 15 ans. Avec cette proposition, plus la peine. Pour éviter des démarches, plus besoin de demander un renouvellement.
C'est une "simplification qui empoisonne" dénonce l'écologiste Marie Toussaint.
90% des pesticides concernés
Cette mesure ne concernera pas les pesticides les plus dangereux. La Commission doit proposer une liste de produits qui pourront être "autorisés sans limite de temps". Ce sera une très grande majorité, mais l'ONG Générations futures dénonce "un certain flou".
L'acétamipride, par exemple, un insecticide utilisé pour les betteraves, impossible de savoir s'il sera dans la liste, se désole l'ONG.
Les Etats peuvent toujours demander une réévaluation des produits s'ils le souhaitent mais le nouveau mantra, c'est pas d'interdiction sans solution.
Le changement de paradigme est profond : ce n'est plus la nocivité qui prime pour savoir si on interdit ou pas un produit, c'est la capacité de notre système à le remplacer, exit le principe de précaution.
La science n'est plus écoutée, les agriculteurs non plus
C'est ça le plus alarmant. Pour la commission européenne, on peut faire comme si la science n'avançait pas. Comme si l'évaluation des risques ne pouvait pas évoluer en fonction des recherches.
Et même si les pesticides sont reconnus dangereux, l'Europe est d'accord pour vider les stocks 3 ans après leur interdiction. L'Europe créé un droit à polluer.
Sans réévaluation, c'est sûr par exemple que les néonicotinoïdes n'auraient jamais été retirés du marché. Et pourtant il y a bien un consensus scientifique sur leur dangerosité.
Pour la Fondation pour la nature et l'homme, l'Europe n'écoute pas non plus les agriculteurs. Selon un sondage Odoxa pour l'ONG, "80% seraient prêts à réduire l'usage des pesticides si les produits importés étaient soumis aux mêmes règles".
"Ils demandent de l'équité, pas un nivellement par le bas" insiste Thomas Uthayakoumar, porte-parole de l'ONG.
Un nouveau délai pour le Mercosur
Cette nuit, la Commission a reporté à mi-janvier la signature de ce traité de libre-échange. Ce serait une occasion de les mettre en place ces mesures miroir pour protéger notre agriculture mais on en est loin.
Ce délai d'un mois supplémentaire de discussions sera-t-il suffisant pour rendre le texte acceptable ? Aujourd'hui, la Pologne, l'Italie, la France, les Pays-Bas ont émis des réserves mais la Commission y tient.
L'attitude de l'Europe est assez déconcertante. D'un côté elle met de l'eau dans son vin, sur les pesticides, en pensant aller dans le sens des agriculteurs. De l'autre, elle bataille pour un traité qui ne peut que les desservir, les affaiblir face à l'agro-industrie brésilienne ou argentine.
Et les consommateurs dans tout ça, la santé, l'environnement, passent au second plan. Non décidément, le récit n'est pas cohérent.
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