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Date : 30-01-2026 09:37:59
Un article à ce sujet dans Télérama:
IA, drogue et Antéchrist… Le discours halluciné du milliardaire Peter Thiel devant l’Académie des sciences morales et politiques
INFO TÉLÉRAMA - Le milliardaire technofasciste américain était invité à s’exprimer à huis clos devant un groupe de travail consacré à la démocratie. Il y a déroulé sa vision apocalyptique du monde, miné par la régulation, “la recherche de la paix” et “les hippies”
«La plus belle ruse du diable est de nous persuader qu’il n’existe pas », proclame une fameuse formule baudelairienne.
Le talent de Peter Thiel est de nous faire croire que l’Antéchrist tambourine à la porte, et qu’il faudrait agir en conséquence. Lundi 26 janvier, le milliardaire technofasciste américain était invité à s’exprimer devant les épées de la vénérable Académie des sciences morales et politiques, à Paris, dans le cadre d’un « groupe de travail » fermé à la presse. Dehors, la présence de quelques dizaines de manifestants, encadrés par un cordon de CRS devant la prestigieuse adresse du Quai Conti, est venue rappeler la charge sulfureuse de son intervention. Fallait-il offrir un tel écrin institutionnel à un oligarque qui martèle depuis quinze ans et sur tous les tons que « la démocratie et la liberté ne sont plus compatibles » ?
Selon un enregistrement de la séance obtenu par Télérama, l’ancien ministre et académicien Hervé Gaymard a d’abord pris soin d’en fixer le cadre : une audition parmi des dizaines d’autres, menée en vue de la publication, début 2027, d’un ouvrage collectif sur l’avenir de la démocratie. Le dispositif est feutré, le vocabulaire précautionneux, l’intention affichée scientifique. C’est dans ce décor de respectabilité que Peter Thiel a déroulé, pendant une heure, sa vision cryptique du monde et de sa fin. Quelques curieux ont pris place dans la grande salle des séances pour écouter le diagnostic : le polémiste Laurent Alexandre, qui conseille Jordan Bardella ou Marion Maréchal sur l’intelligence artificielle, ou les essayistes Raphaël Doan et Laetitia Strauch-Bonart. Le patron de LVMH, Bernard Arnault, fraîchement intronisé sous la coupole devant un parterre de grandes fortunes, n’est pas là. Une autre académicienne, la philosophe Chantal Delsol, catholique réactionnaire et partisane de l’union des droites, justifie alors une invitation dont elle a pris l’initiative : Peter Thiel, cofondateur de PayPal, premier investisseur extérieur de Facebook, créateur du géant de l’analyse de données Palantir et manufacturier du vice-président J.D. Vance est « le chef de file d’un courant conservateur et libertarien qui influence le gouvernement de Donald Trump »
“Débloquer le progrès”
Au pupitre, Thiel commence par tempérer la figure qu’il incarne. Si Vance est un char d’assaut sur le sol européen, son mentor se présenterait presque comme un inoffensif système de guidage. Il n’est, assure-t-il, qu’un « chrétien orthodoxe modéré » doublé d’un « humble libéral classique, avec une seule déviation mineure : [il] s’inquiète de l’Antéchrist ». Cette psychose, pas banale pour un argentier de la tech, le milliardaire la promène depuis plus d’un an, du collège de théologie d’Innsbruck aux clubs privés de San Francisco. Il y a déjà rodé son exposé devant des auditoires choisis, tiraillés entre la fascination morbide et la franche consternation. L’Antéchrist ? Au choix, un « gouvernement mondial », « la Chine » ou… la militante écologiste Greta Thunberg.
Chez Marx, la lutte des classes ordonnait l’Histoire ; chez Thiel, ce rôle revient à l’eschatologie. Considéré comme l’une des figures intellectuelles les plus influentes de la Silicon Valley, l’ancien étudiant de Stanford a développé au fil des années une pensée sinueuse articulée sur des figures tutélaires (René Girard, Leo Strauss, Carl Schmitt, Francis Bacon) et d’un motif obsédant : la modernité libérale, en crise, doit être dépassée pour « débloquer le progrès » technologique, « qui stagne depuis les années 70 ». Loin d’être un « fantasme médiéval », il estime que l’Apocalypse, au sens non pas de la destruction finale mais d’une révélation avant un renouveau, est liée à la fin inéluctable de cette modernité.
Ça fait peur, et dire qu'il peut exposer ses idées, invité ici

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