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Date : 28-12-2025 16:06:35
Expression du jour :
la souveraineté grotesque ( Michel Foucault)
Christophe MATHO : Le grotesque a pris le pouvoir . ( Extraits)
« Trump et ses insultes performatives, Milei et sa tronçonneuse brandie comme un symbole de rupture, Boris Johnson et ses pitreries soigneusement mises en scène, Poutine et son masculinisme chorégraphié, Bolsonaro et ses provocations répétées : autant de dirigeants qui, malgré quelques différences idéologiques, utilisent le grotesque comme une véritable technologie de persuasion. »
« Ce n’est pas un accident, ni un trait de personnalité : c’est une stratégie.
Il montre que certains pouvoirs fonctionnent non pas en dépit de leur outrance, mais grâce à elle.
Pourquoi cela plaît-il autant aujourd'hui ? Pourquoi cela fonctionne ?
Parce que le monde est devenu trop complexe, trop rapide, trop opaque.
Le grotesque simplifie brutalement la réalité, la réduit à des symboles faciles à comprendre, offre une lecture immédiate d’un univers devenu illisible.
Parce que l’outrance est perçue comme de l’authenticité, comme un refus des codes, comme un geste de vérité dans un paysage saturé de communication contrôlée.
Parce que le grotesque sert de défouloir collectif dans des sociétés traversées par la colère, la frustration, l’insécurité.
Parce que le grotesque désarme la critique rationnelle : on ne réfute pas une hyperbole, on ne débat pas avec une mise en scène, on ne contredit pas une provocation.
Le grotesque transforme la politique en spectacle, la diplomatie en performance, la parole publique en accessoire. Il est en train de laminer le droit international, qui repose sur la prévisibilité, la stabilité, la continuité, alors que le grotesque repose sur la rupture, l’imprévisibilité, la sidération.
La question qui se pose désormais n’est plus de savoir pourquoi il apparaît, mais jusqu’où il peut nous conduire dans la déstructuration des normes, des institutions et du tissu social lui-même. »
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