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Collier « friend » : derrière la promesse d’un « ami virtuel », un nouvel outil de surveillance de la population
Depuis la fin du mois de janvier, une campagne publicitaire pour un collier baptisé Friend, dopé à l’IA, a fait son apparition dans le métro parisien et sur les réseaux sociaux. Présenté comme un « ami virtuel », il est capable de capter les déplacements, mais aussi les discussions et les bruits aux alentours du porteur. Selon le chercheur Olivier Ertzscheid, il s’agit d’un nouvel outil de surveillance de masse de la population.
Publié le 4 février 2026
Théo Bourrieau
Vous avez peut-être vu dans le métro parisien ou sur les réseaux sociaux des publicités énigmatiques, mettant en valeur un « ami » qui ne « laissera jamais la vaisselle dans l’évier » ou qui « regarderai tous les épisodes avec toi ».
Si le marketing entretient sciemment le flou quant au produit proposé, les plus aux faites des enjeux autour du numérique ne s’y trompent pas : il s’agit bien d’un collier censé vous accompagner et vous parler tout au long de la journée.
« Friend » est un pendentif porté autour du cou et doté d’IA générative, créé par une start-up lancée en 2024 par un jeune codeur états-unien, Avi Schiffmann. L’objet est effectivement conçu pour être un « ami », capable d’écouter les conversations et les bruits autour du porteur afin d’interagir directement par message avec la personne.
En plus des problématiques liées à l’économie de l’attachement et à la dépendance émotionnelle, Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nantes, met en garde contre l’accroissement des dispositifs de traçage et de captation des données.
« On va de plus en plus loin »
« Sous prétexte de toujours plus d’interactions sociales, nous sommes de plus en plus, à tous les moments de notre vie, en capacité d’être tracé », regrette le maître de conférences spécialiste de l’évolution des dispositifs et des usages numériques.
Même quand nous ne sommes pas face à notre smartphone ou notre ordinateur, nous sommes « tracés dans tous nos échanges conversationnels », met en garde Olivier Ertzscheid. Le problème de ce collier et des autres dispositifs du même genre, c’est qu’on « oublie », qu’« on perd conscience » de ce traçage.
La captation de nos données de déplacement, mais aussi de comportement, pose un réel problème politique, selon le chercheur. D’abord, elle brouille la frontière entre la vie publique et la vie privée. Si ce processus s’est enclenché dès 2004 et la généralisation des réseaux sociaux, ce qui était encore de l’ordre de l’intime devient encore davantage un produit disponible publiquement. « On va de plus en plus loin » dans la surveillance, constate le spécialiste l’auteur de plusieurs publications sur l’IA, les algorithmes, les plateformes et l’identité numérique.
Collier « friend » et puce dans le cerveau : même combat ?
Surtout, la captation de nos données personnelles permet une « surveillance de la population ». Face à la montée de l’extrême droite partout dans le monde et à la construction d’une internationale fasciste, l’existence de ces outils invasifs pose d’autant plus question. « Une démocratie peut basculer très vite », rappelle Olivier Ertzscheid, et mettre entre les mains de fascistes des dispositifs de contrôle de ce type semble insensé.
Surtout, de nombreux géants de la tech, comme Elon Musk ou Peter Thiel ne se cachent plus de leur projet politique réactionnaire et de la stratégie qu’ils ont entrepris pour le mettre en place. Le développement de ce collier « friend » témoigne de la volonté de ces quelques milliardaires d’extrême droite d’« appareiller toutes les parties de notre corps, à l’extérieur comme à l’intérieur ».
Preuve en est : le projet de puce cérébrale Neuralink d’Elon Musk, censé aider des malades paralysés, mais aussi pensé pour « déverrouiller le potentiel humain ». Probablement un « potentiel » blanc, masculiniste, libertarien et effectuant des saluts nazis.
Sans mêmes parlers de dispositifs types Neuralink, les vêtements, lunettes ou autre montres connectées s’installent progressivement dans le quotidien de plus en plus de citoyens. « Friend », cet « ami » en forme de collier dopé à l’IA est mieux perçu et accepté par le public qu’une puce implantée dans le cerveau. Pourtant « les enjeux sont les mêmes », alerte Olivier Ertzscheid.
https://www.humanite.fr/social-et-economie/intelligence-artificielle/collier-friend-derriere-la-promesse-dun-ami-virtuel-un-nouvel-outil-de-surveillance-de-la-population
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