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Date : 08-01-2026 20:12:19
[ Le 1er janvier, La Provence publie comme chaque année un article célébrant les premiers bébés nés dans la région : un petit garçon à Avignon, une petite fille à Arles.
Une tradition innocente, un moment de joie, un souvenir pour les familles. Mais sur les réseaux sociaux du journal, tout bascule.
En quelques heures, des centaines de commentaires s’accumulent. D’abord des critiques sur les prénoms perçus comme arabes. Puis une déferlante de propos racistes, haineux, violents. Le petit Zaïd est particulièrement ciblé.
La haine est telle que La Provence finit par fermer les commentaires, une décision exceptionnelle. Le directeur de la rédaction parle d’un racisme désormais "décomplexé", d’un cap franchi, d’une violence devenue quotidienne.
Ce qui s’est passé sous les publications de La Provence n’est pas un simple débordement. C’est un révélateur. Un miroir tendu à une société où le racisme n’a plus besoin de se cacher.
Un bébé... un bébé devient cible d’insultes parce que son prénom évoque une origine, une culture, une religion minoritaire. On ne parle pas d’un acte, d’un comportement, d’un fait divers. On parle d’un prénom. Et cela suffit pour déclencher un torrent de haine.
Le journal lui-même reconnaît avoir été submergé, sa modération saturée, les commentaires sont fermés.
Quand un média régional, habitué aux débats vifs, en arrive à couper la parole publique pour protéger un nouveau‑né, c’est que quelque chose s’est profondément fissuré.
Mais cette fissure n’est pas apparue par magie. Elle est le produit d’un climat entretenu depuis des années par certains médias d’opinion qui martèlent la même équation :
immigration = insécurité,
musulman = problème,
minorité = menace.
À force de répéter, cela devient une évidence pour certains. À force d’associer, cela devient un réflexe.
À force de stigmatiser, cela devient un terrain fertile pour la haine la plus brute. Et pendant que des éditorialistes fabriquent du clic en désignant des boucs émissaires, pendant que des chaînes d’opinion transforment des millions de citoyens en danger public, pendant que des milliardaires propriétaires de médias imposent leur ligne idéologique sous couvert "d’information",
la société, encaisse. Elle se durcit.
Elle se fracture.
Christophe MATHO
Un "torrent de haine" pour un bébé, chez nous, en Provence. 
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