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Date : 12-04-2026 09:20:30
C'était bien avant le Hesbollah...
Posté par KE Bitar
“Pourquoi Israël et ses pères fondateurs ont fait du fleuve Litani et du Liban sud un enjeu stratégique majeur.
Le spectre d’une invasion revient hanter les Libanais. Le sud obsède l’Etat hébreu et le mouvement sioniste depuis plus d’un siècle.”
“Les déclarations israéliennes ne prêtent guère à l’optimisme. Le 31 mars, le ministre de la défense, Israel Katz, a affirmé que «l’ensemble des habitations des localités libanaises proches de la frontière israélienne seront détruites lorsque Israël aura instauré une zone tampon» jusqu’au Litani. Cette perspective hante les déplacés : ne jamais revoir leurs maisons et subir une autre occupation, comme celle qui a duré de 1978 à 2000 et laissé de douloureuses cicatrices.” (…)
«La frontière naturelle d’Israël »
Quand l’Empire ottoman s’effondre, une nouvelle carte du Proche‑Orient se dessine. Tandis que la France et le Royaume-Uni, victorieux de la guerre, tracent les frontières de territoires qu’elles se sont arrogés, le mouvement sioniste plaide pour l’établissement d’un Etat juif qui s’étendrait jusqu’au Litani. Ce fleuve est la « frontière naturelle d’Israël », écrit Chaïm Weizmann, en 1919. La délimitation fixée quatre ans plus tard ne lui donne pas gain de cause : annexé au Grand Liban, le sud du Litani est relégué à la périphérie d’un nouvel Etat sous mandat français. (…) Le Litani n’est pas devenu frontière, mais l’idée qu’il le devienne n’a jamais disparu. Le 23 mars, le ministre des finances israélien, Bezalel Smotrich, en a formulé la revendication dans les mêmes termes : «La nouvelle frontière israélienne doit être le Litani.»
La fonction stratégique du fleuve se confirme au cours de la seconde guerre mondiale. En 1941, lors de la bataille du Litani, les troupes françaises de Vichy affrontent les Alliés avec l’objectif de contrôler la route de Beyrouth. C’est là, au bord du fleuve, que le jeune officier Moshe Dayan, futur chef d’état‑major, puis ministre de la défense d’Israël, perd son œil gauche, alors qu’il commande une unité de combattants de la Haganah (organisation paramilitaire juive) et de soldats australiens.
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L’offensive de 1948 est fulgurante : les villages palestiniens sont vidés de leurs habitants, faits prisonniers ou expulsés de l’autre côté de la frontière. Un tel succès pousse le premier ministre israélien, David Ben Gourion, à rêver d’expansion, en particulier au Liban où, écrit‑il dans son journal, il veut « établir un Etat chrétien, dont la frontière méridionale sera le fleuve Litani ». Treize villages du Liban sud sont occupés, non sans exactions. Quatre-vingts villageois de Houla sont exécutés, et autant dans celui de Saliha, ancien village libanais transféré à la Palestine mandataire en 1924. Israël se retire en avril 1949, laissant dans son sillage un ressentiment durable et des désirs de vengeance.
Ben Gourion reprend ce raisonnement quelques années plus tard et le partage avec Moshe Sharett, qui lui succède comme premier ministre, en 1954. Il y revient en 1956, à la veille de l’intervention militaire en Egypte, que préparent la France et le Royaume-Uni avec Israël, après la nationalisation du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser. L’échec de l’opération de Suez empêche la mise en œuvre du projet.
L’intérêt israélien pour le Liban, notamment pour les ressources hydriques du Sud, se manifeste de nouveau dans les années 1960. Des travaux libanais de développement sur la rivière Hasbani, affluent du Jourdain, font craindre un détournement des eaux du fleuve et entraînent des menaces de représailles.
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Après l’opération « Litani » de 1978 Ghassan Tuéni, auteur d’Une guerre pour les autres (JC Lattès, 1985) se demande : « Le chaos où se trouvait le Liban n’offrait‑il pas à l’Etat hébreu l’occasion rêvée de rectifier ses frontières du nord jusqu’au Litani ? »
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“En 2024, une stèle en hommage aux martyrs du village de Houla a été vandalisée, avec cette inscription en hébreu : «Un bon chiite est un chiite mort.»”
www.lemonde.fr/guerre-au-proche-orient/article/2026/04/10/pourquoi-israel-et-ses-peres-fondateurs-ont-fait-du-fleuve-litani-et-du-liban-sud-un-enjeu-strategique-majeur_6678768_6325529.html
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